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Dimanche 5 octobre 2008 7 05 /10 /Oct /2008 17:38
Les sépultures de guerre
Longtemps, les simples soldats n'eurent pour dernière demeure que les fosses communes dans lesquelles les corps relevés sur les champs de bataille étaient rassemblés. Il faut attendre la Grande Guerre pour que les combattants français, désormais munis d'une plaque d'iden-tité, soient inhumés dans des tombes individuelles.

Dans l'Antiquité, on édifia des tombes aux généraux illus-tres tandis que les corps de leurs soldats étaient le plus souvent, par crainte des épidémies, inhumés dans des fosses commu-nes ou incinérés sur le champ de bataille. Mais les Grecs, comme les Romains, honoraient leurs guerriers morts. Un grand tumulus marque encore, dans la plaine de Marathon, l'endroit où les soldats furent mis au bûcher. Les rituels honorant les soldats morts se sont poursuivis jus-qu'à l'époque moderne mais seules les tombes des grands chefs étaient identifiées. Lors des guerres napo-léoniennes, les corps étaient encore enfouis dans des fosses. Des stèles ou des chapelles ont quelquefois été édifiées près de ces tombes collec-tives, mais, bien souvent, ces lieux d'inhumation ont disparu. Il arrive d'en découvrir au hasard de travaux'. Ainsi, en 2001, à Vilnius en Lituanie, lors de la construction d'une route, on trouva 1700 corps de soldats de la Grande Armée morts lors de la retraite de Russie et, en 2004, sur le site du passage de la Bérézina, près de 800 corps furent exhumés.
C'est au XIXe siècle que le soldat commença à bénéficier d'une re-connaissance individuelle, d'autant que la montée des nationalismes transformait le mort en héros de la patrie. Le cimetière de Sidi-Feruch aménagé en juillet 1830 à la suite du débarquement français en Algé-rie en est la première illustration. Aux États-Unis, à partir de 1861, le ministère de la guerre procéda au recensement, à l'identification et à l'inhumation individuelle des soldats tués.
En Europe, l'ampleur des pertes de la guerre de Crimée (1853-1856) ne permit pas d'identifier individuel-lement les morts et on déposa les soldats dans des tombes commu-nes. Cependant, dans le cimetière français de Sébastopol, ils furent regroupés par unité et, dans le cime-tière britannique des plaques furent apposées pour chaque unité ainsi que pour chaque bâtiment de la marine ayant subi des pertes. Le traité de Paris de 1856, qui met fin à cette guerre, prévoit la préserva-tion des cimetières en Crimée.
Le traité de Francfort du 10 mai 1871, par lequel les gouvernements français et allemand s'engagent ré-ciproquement à entretenir les tom-bes de guerre sur leurs territoires respectifs, traduit la volonté des États de prendre en charge à titre permanent la préservation des sé-pultures. Une loi allemande de 1872 et une loi française de 1873 organi-sent pour la première fois l'aména-gement des sépultures de guerre et garantissent leur entretien. Des dis-positions sont prises pour, dans la mesure du possible, regrouper les morts selon leur nationalité et leur religion. L'ossuaire de Champigny près de Paris ou celui de Bazeilles près de Sedan en sont des exemples. Avec la guerre de 1914-1918, les bel-ligérants développèrent des prati-ques d'inhumation plus soucieuses de l'individualité du soldat, qui porte désormais une plaque d'iden-tité permettant de l'identifier. Dès le début du conflit, le principe de la tombe individuelle, que les Anglais érigeaient depuis la guerre des Boers (1899-1902), fut repris par les Allemands. Elle était surmontée
d'un emblème indiquant l'identité du défunt et sa confession. Les sépul-tures communes étaient réservées aux restes mortels qui ne pouvaient être identifiés ou dissociés. En revan-che, la fosse commune restait la nor-me pour les Français. Cette pratique officielle, en retard sur les moeurs de la société, fut rapidement contes-tée par les soldats eux-mêmes, qui prirent l'habitude d'inhumer leurs camarades dans des tombes indivi-duelles. Une loi de décembre 1915 entérina ce fait: la sépulture devint individuelle et permanente et son entretien fut confié à l'État à perpé-tuité. À l'issue de la guerre, les dif-férents pays alliés procédèrent au regroupement des sépultures disper-sées, à la recherche des corps sur les champs de bataille, à l'aménage-ment des cimetières de guerre et, pour certains, à la restitution des corps aux familles. En vertu des principes adoptés après 1870, la France prit en charge les tombes des soldats allemands inhumés sur son territoire.
Chaque pays a aménagé ses cime-tières selon ses propres conceptions architecturales et paysagères et y a édifié des monuments commé-moratifs. Les mêmes dispositions furent appliquées à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Devenus ensuite symbole de la reconnais-sance de la patrie à ses soldats et lieu de pèlerinage, ils se transforment progressivement en lieux de mé-moire et d'histoire grâce à l'instal-lation de panneaux d'information, voire de salles de musée. M
Bernard Koelsch Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives
P. 12    Les Chemins de la Mémoire -n,186- Septembre 2oo8
Par COUPERIE - Publié dans : anttrn
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